La qualité d'un club deal se joue avant la souscription — au moment où l'on peut encore tout vérifier et tout refuser. Voici la grille que nous appliquons à nos propres opérations, formulée pour qu'un investisseur puisse l'appliquer à n'importe quel dossier, y compris les nôtres. Cinq contrôles, dans l'ordre : chacun peut disqualifier à lui seul.
I. L'opération — la thèse se démontre-t-elle ?
Tout commence par le dossier d'étude : l'actif, son marché réel, le plan d'affaires, les hypothèses une à une — et leur scénario dégradé. Deux exigences non négociables : chaque hypothèse chiffrée doit être sourcée, et le scénario défavorable doit être écrit, pas évoqué. Un dossier qui ne montre que le cas favorable n'est pas un dossier d'étude : c'est un argumentaire. Notre pratique de la due diligence détaille ce que ce dossier doit contenir.
II. L'opérateur — qu'a-t-il à perdre ?
Le contrôle le plus discriminant. Trois preuves à exiger : des opérations antérieures documentées et vérifiables ; un co-investissement significatif de l'opérateur dans le véhicule ; une rémunération dont la part essentielle dépend du résultat final, pas de la collecte. Un opérateur qui gagne sa vie en levant plutôt qu'en réussissant n'a pas le même alignement — cela ne le rend pas malhonnête, cela rend votre analyse plus nécessaire.
III. La structure — le périmètre est-il propre ?
Une opération, une société : le véhicule dédié isole les risques et rend les comptes lisibles. Vérifier : que la société ne porte QUE cette opération ; que les statuts et le pacte existent et sont remis avant la souscription ; que les comptes bancaires sont dédiés ; que les éventuels apports en compte courant sont conventionnés. Une structure confuse est rarement un accident — c'est une information.
IV. La gouvernance et le reporting — que verrez-vous, que déciderez-vous ?
Chaque pouvoir doit être écrit avant l'entrée : qui décide des travaux, du refinancement, de la vente ; quelles décisions exigent l'accord des investisseurs ; qui contrôle les comptes et à quel rythme. Le reporting n'est pas une courtoisie mais une obligation organisée — fréquence, contenu, accès. Notre texte sur la gouvernance d'un club deal détaille qui doit décider quoi.
V. La sortie — le scénario est-il écrit ?
Un club deal s'achève : par la vente de l'actif, le refinancement, ou une autre voie prévue au pacte. Exiger que les scénarios de sortie soient écrits AVANT l'entrée — horizon visé, conditions de prorogation, règles de décision en cas de désaccord. L'illiquidité d'un club deal est constitutive et assumée ; l'absence de scénario de sortie, elle, n'est jamais acceptable.
Ce que cette grille ne fait pas
Elle n'élimine pas le risque — aucune méthode ne le peut. Elle élimine les opérations qui ne méritent pas d'être étudiées, et transforme les autres en décisions informées. C'est exactement le rôle d'une méthode : nous ne retenons qu'une faible part des projets que nous étudions, et chaque refus procède de l'un de ces cinq contrôles.
Information générale et non personnalisée : un club deal engage sur la durée et comporte un risque de perte en capital ; chaque situation appelle l'analyse de conseils habilités.
